La Vénus ou Grande Déesse de Montastruc (Lamonzie-Montastruc, Dordogne)

La Venus ou Grande-Deesse de Montastruc / Montastruc Venus or Grand-Godess

La Venus ou Grande-Deesse de Montastruc

Une vénus sculptée à même le roc et réputée paléochrétienne, datée par certains du Ve siècle, au moment de la chute de l’empire romain et des grandes invasions barbares, est présente dans l’une des grotte du site troglodytique ancien du château de Montastruc.

Elle fut vénérée jusque vers 1970 lors des célébrations de la fête annuelle de l’Assomption de la Vierge Marie. Les paroissiens de Lamonzie-Montastruc venaient alors en procession présenter dans la grotte la Vierge de Lamonzie.Montastruc – Château de Montastruc (Dordogne)

Ci dessous, un extrait de la Société des archéologues gersois donne une intéressante perspective sur les origines de la vénus dite Grande Déesse de Montastruc…

 

Société Archéologique, Historique, Littéraire et Scientifique du Gers
Actes de la huitième journée des Archéologues Gersois Montréal-du-Gers – Seviac (28 aout 1985)
Publié à Auch en 1987
Pages 69 et 70 :

« …Il est donc manifeste que cette dernière série de cavités concerne des souterrains aménagés dans un but magico- religieux, dont l’utilisation était momentanée, et où il n’y avait pas lieu de résister et de se défendre. Leur affectation précise est encore le plus souvent impossible, mais on arrive petit à petit à cerner de mieux en mieux ce problème, grâce au nombre de cas connus qui grandit chaque jour. Ainsi, certains peuvent être affectés sans la moindre équivoque, à des manifestations cultuelles funéraires ; on en connait en effet beaucoup qui se développent sous des églises et sous des cimetières (11) ; ils sont à mettre en parallèle avec les fosses funéraires vides que l’on trouve dans les mêmes lieux, mais ou des rigoles et des conduits libératoires en contact avec manifeste avec des sépultures et les sarcophages, attestent qu’il s’agit bien de cultes funéraires (fig.4, d’après M. Ribas 1964). On considère alors ces fosses ou ces souterrains comme les demeures préparées par les vivants pour les esprits des morts. Le plafond a deux rampants de ces cellules que nous rencontrerons plus loin, qui évoque une toiture, s’explique aussi fort bien.

Lorsque le cimetière est absent et le souterrain isolé en pleine nature, il faut trouver une autre explication, mais toujours plus ou moins magico-religieuse et cultuelle. On doit alors penser aux vieux mythes chtoniens qui font de la Terre-Mère l’origine de toute vie, qu’elle soit animale, végétale, terrestre ou aquatique. Nous avons déjà eu l’occasion de rappeler (12) que les résurgences, grottes et sources étaient sacrées, parce que considérées comme les conduits utérins de la Grande Déesse, maitresse du monde souterrain, origine de toute vie dans la nature. Les ruraux on forcement toujours été particulièrement sensibles à ces mythes et, très conservateurs, ils les ont plus ou moins conservés depuis la nuit des temps. Il était dès lors tout à fait logique de penser à pratiquer des cérémonies cultuelles au cœur de cette Terre-Mère, pour la remercier et en renforcer l’attitude bienveillante. Nombre de ces souterrains-aménagés, découverts soigneusement clos pour éviter les intrusions de terre et d’animaux sauvages, sont certainement destinés à cet usage ou à l’initiation de desservants pour ce culte. Dans le Tarn-et-Garonne, le souterrain de Pessoles (commune de Mirabel) a livré une statuette (fig. 5) prise au début pour une vierge à l’enfant ;

elle ne correspond à aucun canon connu et est en fait une Déesse-Mère, les mains croisées soutenant son ventre où une tête d’enfant peut suggérer la spécificité génératrice. A huit mètres sous la surface, on avait bien voulu pénétrer au sein même de la Terre et un souterrain-refuge n’exigeait nullement une telle profondeur ; c’est donc bien d’un lieu de culte qu’il s’agit ici. Nous avons par ailleurs découvert une gravure sur bois (fig.6) dans un ouvrage du XVIe siècle (13), qui ne semble pas avoir été connue des spécialistes ; elle illustre parfaitement ce culte rendu à la Déesse du monde souterrain, qui tient ici un enfant, symbole de la Vie émanant de son sein. On y voit un adorant, la face contre terre, un homme en prière dans la position de l’orant et d’autres apportant en offrande des animaux du monde souterrain (renards). Les souterrains, figurés nombreux à dessein, ne permettent pas d’autres interprétations ; la plupart des entrées en sont figurées verticales, on remarquera cependant au premier plan qu’il y en a aussi d’horizontales donnant sur des puits verticaux.

Il ne faut pas oublier non plus la déesse nue assise (fig.7), mais sans enfant cette fois, du souterrain de Lamonzie- Montastruc en Périgord (15), qui conforte encore cette persistance de mythes lointains ; on y trouve également une figuration de renard… »

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